Volume 35 numéro 20
12 février 2001


 


L’utilisation du téléphone mobile peut doubler le risque d’accident
L’étude du Laboratoire sur la sécurité des transports a montré une association entre la fréquence des appels et le risque d’accident.

L’étude de Claire Laberge-Nadeau et Urs Maag est la première à comparer la fréquence des accidents de la route entre utilisateurs et non-utilisateurs de téléphone mobile. Un troisième coauteur, François Bellavance,
du Service de l’enseignement et des méthodes quantitatives de gestion des HEC, n’apparaît pas sur la photo.

Si vous utilisez votre téléphone mobile tout en conduisant, vous augmentez de 38% (1,35) vos risques d’accident de la route. Si vous faites une grande utilisation de votre appareil, soit plus de 135 appels par mois, vous doublez le risque d’accident par rapport à ceux qui ne possèdent pas de téléphone mobile ou qui font moins de 10 appels par mois.

C’est ce que vient de montrer une étude du Laboratoire sur la sécurité des transports du Centre de recherche sur les transports, effectuée auprès de 12 700 utilisateurs et utilisatrices de téléphones cellulaires qui ont été suivis pendant deux ans.

Le problème pourrait prendre des proportions considérables puisque le nombre d’utilisateurs de cellulaires — soit 28% des automobilistes canadiens — a presque doublé en quatre ans et que la fréquence d’utilisation de ces appareils augmente avec la durée de leur possession.

Pour déterminer si l’usage du cellulaire comportait un risque d’accident, les chercheurs ont croisé les dossiers de conduite du groupe d’utilisateurs avec le nombre et la durée de leurs appels téléphoniques, et comparé ces dossiers avec ceux de 23 300 conducteurs non utilisateurs de cellulaire. Ils ont aussi pondéré les données selon le groupe d’âge, le sexe, le kilométrage, le nombre d’années d’expérience et la conduite de jour ou de soir. C’est la première fois qu’une étude aussi poussée cherche à établir une association entre l’usage du téléphone au volant et le risque d’accident.


Une relation de dose-réponse

Ce type de croisement ne permet évidemment pas d’établir un lien causal direct entre un appel téléphonique et un accident précis, mais l’association entre les deux ne fait pas de doute aux yeux des chercheurs. «Après avoir tenu compte de tous les facteurs, nous avons trouvé une relation de dose-réponse, c’est-à-dire une association entre la fréquence d’utilisation du téléphone et le nombre d’accidents», affirme Claire Laberge-Nadeau, directrice du Laboratoire et professeure au Département de médecine sociale et préventive. «En termes épidémiologiques, c’est ce qui se rapproche le plus du rapport de causalité.»

Les résultats d’ensemble vont d’ailleurs dans le sens d’autres travaux effectués sur des simulateurs de conduite. «Ces travaux ont montré que l’usage du téléphone mobile entraîne des déviations dans la conduite, un ralentissement de la vitesse, une diminution de l’attention et un allongement du temps de réaction», indique Urs Maag, professeur au Département de mathématiques et de statistique et coauteur de l’étude.

Plus de 28% des automobilistes utilisent un cellulaire, une proportion en croissance rapide.


Téléphone mobile et sexe

Le facteur de risque observé dans cette étude s’avère le même chez les hommes et chez les femmes. «Ce fut pour nous une surprise, mais le fait d’avoir considéré séparément les hommes et les femmes et d’être arrivés aux mêmes résultats consolide l’association observée», souligne Mme Laberge-Nadeau.

Plusieurs seront toutefois étonnés d’apprendre que les hommes, toute proportion gardée, sont de plus grands utilisateurs du téléphone mobile que les femmes: 51% d’entre eux sont dans la catégorie «grands utilisateurs» contre 27% des femmes. De plus, seulement 5% des hommes disent ne jamais utiliser leur téléphone mobile en conduisant, contre 12% des femmes.

La durée des appels — deux minutes en moyenne — ne varie pas en fonction du sexe mais diminue avec leur nombre.

L’étude a également départagé les appels reçus et les appels faits par les automobilistes: dans la catégorie «grands utilisateurs», le nombre d’appels faits est associé de façon plus importante au risque d’accident chez les hommes, alors que, chez les femmes, ce sont les appels reçus. Près de 69% des utilisateurs et 78% des utilisatrices reconnaissent par ailleurs que le fait de composer un numéro nuit beaucoup à la conduite. Tous les répondants considèrent que ce geste entraîne plus de distraction que d’avoir à s’occuper des enfants ou de chercher un poste de radio.

Finalement, le facteur global de risque augmenté de 38% par rapport aux non-utilisateurs se maintient lorsque l’on considère séparément les accidents n’ayant causé que des dommages matériels et ceux ayant occasionné des blessures ou des pertes de vie; ce rapport demeure le même à la fois chez les hommes et chez les femmes.

«L’association observée s’avère donc très forte», conclut Claire Laberge-Nadeau.

Daniel Baril


Téléphone mobile et sécurité routière
Faudrait-il réglementer l’utilisation du téléphone mobile pendant la conduite? Les chercheurs du Laboratoire sur la sécurité des transports ne sont pas allés jusque-là, mais ils ont formulé quelques recommandations relatives à la sécurité routière à l’intention des automobilistes.

Les conducteurs devraient éviter les conversations animées et celles non nécessaires, limiter le nombre et la durée des appels et s’abstenir d’utiliser leur téléphone lorsque les conditions demandent une attention soutenue. Ils devraient également garder une bonne distance avec les autres véhicules et rouler à vitesse modérée.

Les appareils à main libre et à commande vocale sont préférables et l’usage de l’option «mémoire» devrait se faire sans avoir à consulter de liste. Si la composition manuelle est nécessaire, le conducteur devrait s’immobiliser le long de la route. Finalement, l’appareil devrait être bien fixé et se situer dans le champ visuel de l’automobiliste pour lui éviter d’avoir à le chercher.

La Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario s’apprêtent à réglementer l’usage du téléphone mobile; vraisemblablement, ils attendaient les résultats de l’étude du laboratoire du Centre de recherche sur les transports.

D.B.