Volume 35 numéro 13
27 novembre
2000




COURRIER

Hommage à Claude Pratte

 

L’été est maintenant bien loin, mais il n’est jamais trop tard pour rendre hommage à une personne qui a consacré plus de 30 ans de sa vie professionnelle à l’Université de Montréal.

Le 22 mars dernier, le directeur du Service d’orientation et de consultation psychologique (SOCP) et du Service de santé, Claude Pratte, annonçait sa décision de prendre sa retraite de l’Université et de réorienter sa vie professionnelle à compter du 1er juillet 2000. Avant son départ, plusieurs témoignages sont venus souligner le dévouement, la compétence et l’humanisme de cet homme qui a poursuivi ses études et sa carrière dans notre établissement.

Entré à l’Université de Montréal en 1969 comme conseiller d’orientation au Service d’évaluation, d’information et de consultation (SEICUM), Claude Pratte devait ensuite se joindre à l’équipe de psychologues. La carrière de Claude Pratte a toujours été étroitement liée au SOCP et aux services qui sont à l’origine de sa création. Les plus anciens de l’Université se souviendront peut-être du Service d’orientation et de tests d’admission, le SOTA, créé en 1966 pour ensuite devenir le SEICUM, duquel a finalement émergé le SOCP. Comme le rapportait Forum le 4 février 1972 dans un article sur le Service d’orientation et de consultation psychologique: «Nouveau nom, nouvelle orientation, le SOCP s’enracine davantage dans la communauté universitaire.»

C’est en 1986 que Claude Pratte assume la direction du SOCP et relève le défi d’orienter les services toujours en fonction des besoins des étudiants. En 1994, on lui confie également la tâche de diriger le Service de santé après le départ à la retraite du directeur.

Homme de vision, ouvert aux idées, aux projets et aux nouvelles technologies, Claude Pratte a su donner au SOCP et au Service de santé un niveau élevé de qualité tant par les services offerts aux étudiants que par le professionnalisme de son équipe. Les conseillers d’orientation, psychologues, conseillers en information scolaire et professionnelle, secrétaires et commis regroupés au sein du SOCP, les infirmières, médecins, nutritionnistes, physiothérapeutes, techniciennes en radiologie du Service de santé ont tous et toutes apprécié son grand sens des responsabilités, son savoir-faire et son savoir-être.

Rappeler la carrière de Claude Pratte à l’Université de Montréal, c’est aussi se rappeler son intervention auprès des familles des victimes et des étudiants au moment de la tragédie de l’École Polytechnique. Dès l’annonce de la nouvelle dans les médias, le 6 décembre 1989, Claude Pratte se rendait sur place pour soutenir les parents face à ce drame innommable. Toute l’équipe du SOCP s’était par la suite mobilisée pour organiser l’intervention post-traumatique.

Membre actif de l’Association des cadres et professionnels de l’UdeM, Claude Pratte a siégé au Comité des avantages sociaux et participé au Groupe de travail sur la réduction volontaire de la semaine de travail de même qu’au Groupe de travail sur la retraite progressive.

Claude Pratte s’était totalement engagé à donner aux étudiants l’aide et tous les outils nécessaires pour atteindre leurs objectifs, que ce soit en surmontant des difficultés personnelles ou scolaires ou en prenant des décisions éclairées quant à un choix de carrière. La vie du SOCP et la vie de plusieurs d’entre nous n’auraient pas été la même sans Claude Pratte et, pour cela, nous l’en remercions et lui souhaitons une belle et longue vie sur son nouveau chemin.

Louise Beauchamp,
au nom de l’équipe du SOCP et du Service de santé


Sommes-nous encore colonisés?
C’est à un relent de colonisation qu’on pourrait penser en lisant l’article paru à la une de Forum du 6 novembre 2000. L’article vante les succès remarquables et sans doute pleinement mérités d’un groupe d’étudiants ayant participé à un congrès de psychologie en France. Le titre insiste sur le fait que l’événement a eu lieu en France: «Des étudiants de premier cycle font un tabac en France.» Et un peu plus loin: «[Une équipe]... renverse littéralement les chercheurs de carrière. Et en France par surcroît!» Voilà. L’argument non dit a déjà été inconsciemment compris: s’ils ont connu du succès en France, ils sont sûrement bons! Sinon, quelle est la signification de l’expression «par surcroît»? Souffrons-nous toujours du «syndrome» Félix Leclerc, reconnu ici après l’avoir été en France? Nous faut-il encore le regard de l’Autre pour être rassurés sur notre propre valeur? C’est une attitude typique de colonisé et, individuellement, d’adolescent. N’a-t-on pas collectivement dépassé ce stade? J’espère me tromper en interprétant ainsi ces quelques phrases. Mais comment expliquez-vous alors cette autre remarque: «Un Français m’a même dit qu’il en était “tombé sur le cul”»? Sans vouloir manquer de respect à son postérieur, je ne crois pas qu’il soit intrinsèquement d’une qualité supérieure parce qu’il est français. Par contre, on peut raisonnablement supposer que le type en question était un chercheur confirmé puisqu’il s’agissait d’un congrès important. Le mentionner aurait plus forcé notre admiration pour ces étudiants.

Que le congrès ait eu lieu en France n’a pas trop d’importance. Je crois que c’est le fait que ça soit international, que ça se passe ailleurs qui est valorisant à nos yeux. Notez que ces étudiants avaient d’abord présenté leurs résultats à Québec, puis au congrès de l’ACFAS. Ils ont même tenu un colloque sur leurs travaux. Mais voilà. C’était au Québec. Qu’un postérieur québécois eût basculé n’aurait peut-être pas mérité la une de Forum...

Mon but n’est pas d’attaquer l’auteur de l’article. Je suppose seulement qu’il s’agit d’une attitude qui fait encore partie de nos réflexes québécois. Prenons un exemple dans un tout autre domaine: la couverture médiatique de la carrière de Julie Snyder en France. Encore les mêmes relents. Les magazines et les journaux suivent la montée ou la descente des cotes d’écoute de notre «p’tite» Julie comme s’il ne suffisait pas que ses qualités d’animatrice soient reconnues ici. Imaginons un peu l’inverse. Michel Drucker s’ennuie. Il décide de venir au Québec animer une émission de variétés. Croyez-vous que les journaux français vont s’inquiéter de ses cotes d’écoute ou s’étonner de ses succès au Québec? Non. Michel Drucker est un excellent animateur. Point. Qu’il ait du succès ou non au Québec ne changera rien au jugement que ces compatriotes ont porté sur lui.

Autre domaine, autre exemple: l’«internationalisation» des événements culturels. Chaque rencontre ou festival cherche à devenir international. Si c’est international, c’est que l’Autre daigne venir chez nous pour l’événement en question. Donc, ça doit être bon... Une troupe québécoise qui se produit au festival international de folklore de Drummondville n’est pas meilleure parce qu’elle se produit entre une troupe du Gabon et une de l’Autriche... Attention! Je ne dis pas qu’on doit rester chez soi, tout seul, à se regarder le nombril et à se trouver beau, pis fin. Au contraire, je crois qu’il faut rechercher, multiplier et cultiver les contacts avec les habitants de cette petite planète. Mais finissons par croire que notre regard a sa propre valeur. Faisons-nous ce cadeau à nous-mêmes et au monde.

Sylvain White
Étudiant en histoire de l’art


N. D. L. R. L’expression «en France par surcroît» se voulait une pointe humoristique à l’endroit de nos amis français et non un critère pour évaluer la valeur du travail des étudiants. Quant aux deux autres allusions à la France, elles étaient purement factuelles. Ceux qui ont bien lu le texte auront compris que les présentations aux deux congrès québécois portaient sur des données préliminaires.