Courrier
Le vrai visage de la réussite: une approche pour tous
Monsieur Sauvé,
Je dois vous dire que j'apprécie d'abord
le bref résumé que vous avez présenté
de mon livre Le vrai visage de la réussite dans
la parution du 31 janvier 2000 du journal Forum.
Votre résumé fait bien ressortir
de nombreux aspects intéressants de l'approche de la réussite
que je propose, particulièrement en ce qui concerne le
domaine du sport. Je voudrais toutefois attirer votre attention
et celle de vos lecteurs sur le fait que cette approche s'applique
de façon tout aussi efficace dans les entreprises, avec
des patients en psychologie qu'en ce qui concerne le bien-être
de l'individu dans sa vie personnelle.
Vous avez, certes, fait allusion à
cette généralisation possible, mais je veux quand
même insister de nouveau sur ce point pour bien faire passer
ce message; je ne voudrais pas que le contenu de votre article
laisse principalement l'impression d'une application presque
exclusive au domaine sportif.
Pour ce qui est du titre de "docteur",
vous avez en partie raison: l'usage français semble prioritairement
le réserver à certaines professions. Toutefois,
au sein de notre ordre professionnel (Ordre des psychologues
du Québec), certaines discussions ont déjà
eu cours à ce sujet et les avis sont partagés.
Pour ma part, je me range plutôt, comme vous vous en doutez,
du côté de la pertinence d'utiliser le terme "docteur"
lorsqu'une personne détient un Ph.D. "L'usage français",
je l'espère, ne représente pas un dogme et il n'est
jamais mauvais d'avoir une ouverture d'esprit nous permettant
de constater que "l'usage" courant propre à
une autre langue ou à une autre culture puisse être
plus favorable et pertinent que celui auquel nous sommes habitués.
Comme les avis sont partagés et qu'il ne semble pas y
avoir de réglementation à ce sujet, je crois qu'il
serait peut-être de mise de permettre la liberté
d'expression en cette matière et de respecter les options
endossées par les autres.
Quant au terme "patients" ou "patientes",
je suis porté à l'utiliser au regard de mes clients
et clientes en psychologie clinique. Étant d'abord psychologue
et non seulement psychologue du sport, je fais ainsi référence
à mes clients en psychologie comme j'ai toujours eu coutume
de le faire en cabinet privé. Par contre, lorsqu'il s'agit
d'athlètes ou d'entreprises, j'utilise en général
le terme "client" comme c'est aussi la coutume dans
ces milieux.
En dernier lieu, je voudrais attirer votre
attention sur votre commentaire quant à l'emploi du "je"
et, aussi, en ce qui concerne mon prologue mettant en scène
mon grand-père. Peut-être, selon vous, l'emploi
du "je" est-il irritant et inapproprié pour
un livre produit par un universitaire. Vous avez, certes, droit
à votre opinion personnelle. Toutefois, j'espère
que votre opinion ne représente pas la ligne de pensée
de notre corps professoral, de notre syndicat ou de notre administration.
Si tel était le cas, je serais fort inquiet quant au cadre
de travail, pour ne pas dire le carcan, qu'on nous imposerait.
J'ose espérer que mes consoeurs et confrères comme
nos gestionnaires ont l'esprit assez ouvert pour apprécier
diverses formes de créativité permettant de passer
adéquatement un message au public concerné. J'ose
espérer également que le public que nous visons
en tant qu'universitaires n'a pas à se limiter à
des scientifiques hyperspécialisés, mais qu'il
peut également prendre en considération d'honnêtes
personnes ayant une soif de connaissance et de meilleure compréhension
du fonctionnement psychologique de l'être humain. Enfin,
pour ce qui est du prologue concernant la sagesse de mon grand-père,
vous avez, encore ici, droit à votre opinion; vous pouvez
considérer une telle présentation comme n'étant
pas du meilleur effet. C'est une opinion que ne partagent toutefois
pas une foule de lecteurs qui m'ont déjà exprimé
leur appréciation et leur enthousiasme particulièrement
en ce qui concerne cette histoire relative à mon grand-père...
et je dois vous dire que, parmi ces lecteurs, il y a un grand
nombre de sérieux universitaires!
"Dr" Claude Sarrazin
Psychologue
Professeur au Département de kinésiologie
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